Le festival Alt.+1000 saute d’une montagne à l’autre

Intérieur extérieur


Le festival Alt.+1000 saute d’une montagne à l’autre

Après quatre éditions à Rossinière, la manifestation renaît dans le canton de Neuchâtel et renoue le dialogue entre photographies et cimes en proposant un parcours en trois étapes jusqu’à La Brévine 

Boris Senff 

Au lac des Taillères, les images de l’archipel norvégien du Svalbard, de l’artiste et pêcheur Corey Arnold, se présentent dans un subtil jeu de reflets. PATRICK GUERNE

Les vaches de La Chaux-du- Milieu ont-elles compris qu’elles ruminaient devant des sommets en alumi- nium? Rien n’est moins sûr, tant le spectateur humain se 

laisse facilement abuser par les images du Japonais Yuji Hamada, installées sur de grands panneaux devant la ferme du Grand-Cachot-de-Vent. Onze ans après ses débuts à Rossinière et quatre ans après sa dernière édition dans les Préal- pes vaudoises, le Festival Alt.+1000 re- vient – dans la région dite Montagnes du canton de Neuchâtel! – titiller les liens entre photographie et altitude en s’inscri- vant dans un paysage qui incite à l’excur- sion autant qu’aux échos entre exposi- tions et environnement. 

Cette 5e édition se positionne dans le prolongement des actuelles expositions du Musée des beaux-arts du Locle (lire notre édition du 27 juillet), dont la direc- trice, Nathalie Herschdorfer, avait déjà organisé deux éditions. Rejointe par la codirectrice artistique Caroline Stevan, l’ancienne conservatrice du Musée de l’Élysée relance une manifestation capa- ble de séduire un public sensible aux char- mes de la nature mais peut-être moins habitué aux visites muséales. Alt. + 1000 permet désormais de concilier les deux intérêts au fil d’une programmation qui poursuit les enjeux posés par les exposi- tions du musée, attentives à la présence humaine sur des cimes que les romanti- ques rêvaient sublimement désertes. 

Les œuvres accrochées dans la très belle ferme du Grand-Cachot-de-Vent, qui remonte au début du XVIesiècle, ont d’ailleurs été réunies sous l’intitulé «La trace de l’homme». Cette empreinte se traduit parfois de manière littérale comme dans ce très beau reportage en noir et blanc sur La Brévine, réalisé en 1980 par Monique Jacot, à la demande de «L’illustré», qui porte une attention pion- nière au travail des femmes paysannes. Arnaud Teicher, lui, s’intéresse aux cols alpins marqués par une route, une bâ- tisse. Quant à Tonatiuh Ambrosetti, son abri du Mont-Rose, un modèle technolo- gique d’architecture de haute altitude, se cache dans le panorama démesuré des géants des Alpes valaisannes. 

Mais la «trace de l’homme» est aussi celle de son regard, sa façon de restituer la montagne. Renate Aller, qui mixe ou superpose des paysages de roche et de glace, et Iris Hutegger, qui tisse des fils de couleur sur ses images aux nuances gri- ses, appartiennent plutôt à ces artistes du déplacement du regard. Sans oublier les images géologiques de Mars, sélection- nées par Xavier Barral à partir d’une base de données de la NASA, rappelle l’inviola- bilité que la montagne pouvait receler pour nos ancêtres. 

Toile expressionniste abstraite? Non, vue des carrières de Carrare par Yves André.

Retour sur Terre le long de la prome- nade du lac des Taillères où les scientifi- ques et les artistes du Project Pressure alarment sur l’accentuation du réchauffe- ment climatique avec l’exposition «War- ning Signs». Leurs images, parsemées dans un cadre idyllique, documentent la fonte de différents glaciers au gré d’ima- ges esthétiques, distanciées ou ludique- ment tragiques. De quoi prendre un petit coup de chaud, même à La Brévine. 

En 1980, Monique Jacot a réalisé un reportage sur La Brévine et le travail des femmes pour «L’illustré». Sur 300 images réalisées, seules 19 avaient paru.
Christopher Parsons fait se côtoyer paysages (Lhotse, au Népal) et images de micro-organismes eux aussi touchés par le réchauffement climatique.

Festival Alt. + 1000,
Le Locle, La Chaux-du-Milieu, La Brévine Du di 1er au di 22 septembre.

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